Le look d’un hall industriel, un petit air de paquebot, une ligne nette et sans entourloupe. La maison d’Olivier Russe se distingue par sa simplicité, tant formelle que constructive. Une réflexion intéressante sur la manière d’habiter aujourd’hui à travers ce projet novateur. Le lieu Dans ce quartier résidentiel de Barbençon, à quelques kilomètres de Beaumont, la typologie du chalet a plutôt la cote. Elle s’intègre assez bien dans le cadre boisé environnant, donne un cachet rustique aux jardinets fleuris alentours et répond aux contraintes urbanistiques de ce lotissement, à savoir : l’imposition de construire sur un seul niveau. C’est pourtant sur un terrain très pentu de cette «Boucle des Chevreuils» que Olivier Russe a construit sa «maison-paquebot». Il a décidé de bouleverser le schéma traditionnel et s’est créé une typologie alternative au chalet forestier. Le résultat : un long bâtiment immaculé, des plus contemporains. Le parti de l’architecte Tout dans ce projet tourne autour d’un concept : celui du hall industriel. D’abord parce que le modèle permet de réaliser rapidement un bâtiment à des prix relativement concurrentiels. Ensuite, parce que l’esthétique épurée et logique de ces halls plait à l’architecte. Mais aussi, et surtout, parce que la typologie de ces constructions fonctionnelles répond parfaitement aux contraintes d’implantation du projet. En effet, Olivier Russe ne voulait pas implanter sa maison sur la pente du terrain et désirait un séjour de plain-pied avec le jardin. De plus, il devait construire sur un seul niveau pour répondre aux exigences urbanistiques. La solution était donc claire : il fallait s’installer le long de la rue et compacter le bâtiment sur l’avant du terrain, avant qu’il ne commence à descendre. Le volume allongé du hall se prêtait parfaitement à ces volontés. L’organisation intérieure Le projet s’organise en trois entités distinctes : une barre allongée, qui comprend les espaces de vie et les chambres ; un large volume, pour le bureau et le garage ; et une coursive ondulante. Cette courbe, faisant la transition entre les espaces professionnels et familiaux, est perceptible depuis la rue. C’est la signature ludique du projet. Elle casse la rigueur des volumes industriels austères et joue le rôle d’écran. A ses deux extrémités, ce mur ondulant est séparé du corps de logis par des baies qui cadrent la végétation. Dans le bloc de vie, toutes les pièces sont orientées vers le jardin, au sud. La lumière y pénètre donc en abondance. Le séjour est à ce titre particulièrement bien éclairé puisqu’il est séparé de l’extérieur par deux grandes portes de garage entièrement vitrées. Lorsque celles-ci sont levées, le salon se prolonge à l’extérieur par une terrasse en bois, légèrement surélevée du terrain. La perméabilité des espaces est alors totale. Les choix constructifs Pour construire son habitation, Olivier Russe a appliqué trait pour trait les techniques de construction industrielles. D’abord par la modulation puisque l’entièreté du projet respecte le rythme de la structure - soit des modules de 3,50 mètres sur 4,20 mètres pour les pièces de vie et 6 mètres sur 3 mètres pour le bureau. Cette organisation géométrisée a permis une préfabrication maximale des éléments à mettre en œuvre. Les façades sont également dessinées dans ce même esprit de standardisation puisque les baies correspondent à un multiple de la hauteur des dalles. Pour les matériaux, Olivier Russe s’est également inspiré de la typologie des industries : une charpente métallique préfabriquée en atelier, du béton poli pour le sol et des plaques en béton cellulaire peint en façades. Un matériau qui joue en même temps le rôle d’isolant. Pour la toiture, l’architecte a opté pour des tôles autoportantes en acier. Tous ces choix constructifs ont permis non seulement d’assurer la cohérence du projet, mais aussi de réduire de près de 30 % le budget par rapport à une habitation traditionnelle. Au niveau des finitions, l’architecte a appliqué cette même logique. Il s’est abstenu de tout parement ou plafonnage. Il a placé des châssis en aluminium non laqués et a intégré les descentes d’eau dans le profil des colonnes de la coursive. Tout le câblage électrique passe, lui, dans la dalle de sol ou dans les tôles nervurées de toitures. Aucun interrupteur n’a été placé dans les parois, pour éviter les saignées. Et les lampes s’allument par un système à chaînette. Commentaire de la rédaction «Je ne suis pas du style papier-peint et tentures… Cela coûte cher, cela prend du temps à installer, et cela ne correspond pas à ma philosophie de l’architecture.» Olivier Russe ne le cache pas : il déteste les fioritures, ce qui fait de certaines maisons des patchworks de styles différents mais qui peuvent donner au lieu un cachet personnel. Il fait partie de ces architectes fonctionnalistes qui misent sur l’efficacité de l’espace avant tout et il accorde une importance toute particulière à la lisibilité de la structure. L’esthétique qu’il défend pourrait être qualifiée de «trop froide»… Mais, elle a le mérite d’être claire et épurée, rapide à mettre en œuvre, et de surcroît économique. En connaissant sa conception de l’architecture, on comprend dès lors très bien le projet d’Olivier Russe. Il s’est placé dans l’air du temps, dans cette époque qui voit fleurir des halls industriels aux quatre coins du territoire. Et il s’est dit : pourquoi ne pas appliquer cette technique de construction à l’habitation ? L’expérience valait la peine d’être tentée et de susciter la réflexion : la maison doit-elle devenir un élément standardisé, une machine à habiter ? Chacun se fera sa religion. Mais une chose est sûre : même dans les habitations que l’on pourrait qualifier de «classiques», il existe une standardisation : les «clés-sur-porte» en tout genre. Alors, on en revient à une question d’esthétique… Dans son parti radical, la plus grande force d’Olivier Russe a été de pousser son projet à maturité, de ne pas le laisser flotter au stade de «la belle idée d’architecte» irréalisable. Il a d’abord tenté l’aventure pour sa propre habitation, en à mesurer les avantages et les inconvénients. Le défi était audacieux dans un pays assez frileux en matière d’innovation architecturale. Les qualités de son projet se trouve certainement dans l’intégration au site, l’orientation des pièces de vie au sud, la fluidité des espaces, mais également dans l’esprit serein du lieu. Il y a une sobriété contemporaine dans cette maison qui fait que l’on s’y sent bien, au-delà du côté impersonnel des matériaux. Lorsque l’on se trouve dans le salon, portes ouvertes vers le jardin, rien ne vient perturber la quiétude de la forêt. L’habitation n’est donc pas un objet expérimental, né des caprices d’un architecte, mais une réponse, sans esbroufe, à un site et à une philosophie : une machine pour habiter la forêt… A moins que ce ne soit un paquebot pour rêver au voyage. Sur un même thème… Avec sa maison «industrielle», Olivier Russe a expérimenté un modèle. Puis, fort de cette première tentative, il a appliqué son concept à deux autres habitations. Non pas en copiant aveuglément le prototype, mais en s’adaptant aux besoins du client et aux contraintes du terrain. Ainsi, la maison de ses parents, située également «Boucle des Chevreuils», rappellent en de nombreux traits le vaisseau de l’architecte : matériaux, couleurs et concept structurel identiques. Mais l’habitation garde, malgré tout, une personnalité propre, un côté moins radical, moins puriste, qui la différencie de sa grande sœur. Le volume tout d’abord est beaucoup plus compact. Destiné à un couple sans enfant, il est composé d’un seul grand espace non cloisonné. La chambre est séparée du séjour par un simple meuble «compactus» comme ceux des bibliothèques. Il peut être déplacé sur des rails grâce à une manivelle. Comme pour sa propre maison, Olivier Russe a travaillé sur un seul niveau. Mais il l’a placé sur pilotis. Bien plus tard, il est venu «emballé» le bas des colonnes pour créer un deuxième niveau protégé : un immense espace rangement. Pour la toiture également, l’architecte a dérogé au modèle : il a remplacé son toit plat par une toiture courbe dépassante. Elle laisse entrer les rayons solaires rasants en hiver et retient le soleil agressif estival. Toute la façade sud est vitrée, si bien qu’en basse saison, il fait relativement chaud dans le logement, même sans chauffage. En façade, enfin, Olivier Russe a rompu la blancheur du concept par un béton lavé gris foncé. Il y a incrustés des cailloux qui, anecdote du projet, viennent de l’ancienne carrière du village. L’architecte est ainsi parvenu à décliner son concept autrement, avec un peu moins de rigueur… Un brin de fantaisie même. A l’image de la cuisine en inox dont le robinet tombe du plafond, à la manière d’une trompe d’éléphant… Une rigueur poétique en quelque sorte.